2010 ? Qu'elle soit une Année faite de solidarité, de courage et d'optimisme
En ce tout début du mois de janvier, une chose frappe : parmi tous les vœux que nous échangeons, il est bien difficile de ne pas ressentir, au-delà de la sincérité des messages de bonheur, une anxiété ou un pessimisme liés à la période dans laquelle nous nous trouvons.
Comment en effet souhaiter “Bonne Année” – presque impunément – à sa famille, à ses amis, à ses voisins, à ses collègues… bref, à tous ceux que nous aimons ou respectons, sans aussitôt être assailli par toutes les raisons qui fondent la crainte qu'elle ne soit, en définitive, pas si bonne que cela ? Permettez-moi d'en souligner quelques-unes.
2009 s'est achevée avec les chiffres du chômage en constante progression. Après la crise financière, la crise de l'économie "réelle" est bien là. Selon l'INSEE, 9,1 % de la population active de France métropolitaine était au chômage à la fin du troisième trimestre 2009 – à comparer au chiffre de 7,4 % un an auparavant ! Et, parmi les populations durement touchées par cette situation, les jeunes de 15 à 24 ans sont désormais presque un sur quatre à ne plus parvenir à s'insérer dans le monde du travail ! Avec comme corollaire de cette situation : l'augmentation du nombre de familles pauvres.
Face à ces grandes difficultés socio-économiques, les réponses apportées par le gouvernement demeurent extraordinairement exemptes de toute solidarité nationale. Alors que le bouclier fiscal reste en place, une loi vient d'instaurer la taxation des indemnités touchées suite à un accident du travail. Quand on sait que celles-ci sont en général de l'ordre de 60 à 70 % du salaire précédent et que nombre d'accidents handicapants engendrent des coûts de traitements médicaux onéreux… on comprend l'injustice de cette nouvelle mesure fiscale.
Autre exemple : le forfait hospitalier augmente dès ce mois de janvier de 2 euros. Pour tous ceux – ils sont nombreux – qui ne peuvent bénéficier de mutuelles complémentaires suffisantes, il faudra désormais débourser 18 euros par jour de présence à l'hôpital.
Dans un tout autre domaine, celui du "vivre ensemble" et de la qualité des liens sociaux, le récent débat sur "L'identité française" voulu et – mal – maîtrisé par le gouvernement (au point que certains élus UMP s'en émeuvent désormais publiquement) constitue également une très grave menace, singulièrement en Seine-Saint-Denis. Comment en effet apaiser la colère des jeunes de nos cités lorsqu'une secrétaire d'État ose dire "Ce que je veux, c'est qu'il (le jeune musulman) ne parle pas le verlan, c'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers" ! (Discours, pour ceux qui s'intéressent aux symboles, prononcé à Charmes dans les Vosges, ville natale de Maurice Barrès, militant anti-dreyfusard, idéologue de l'extrême-droite française au XIXème siècle.)
Comment aider nos compatriotes – voisins et amis – d'origine immigrée récente à se sentir "bien" chez eux, en France, lorsque Nicolas Sarkozy ressasse une fois de plus au mois de novembre, en Seine-Saint-Denis, les trois concepts sur lesquels devra, selon lui, s'orchestrer la prochaine campagne des Régionales : "sécurité, immigration, identité nationale" ?
La liste des difficultés et des sujets de préoccupations dans lesquels nous baignons actuellement peut évidemment encore s'allonger. Me viennent à l'esprit, pêle-mêle : la question du mal-logement, celle de la malnutrition ici et de la faim dans de nombreux pays, l'échec de la conférence de Copenhague – et donc d'une volonté internationale de répondre de façon engagée et collective aux défis posés par le changement climatique –, mais aussi la guerre en Afghanistan (et déjà au Pakistan), les conditions de vie effroyables, annonciatrices de prochains conflits, réservées aux habitants de la bande de Gaza un an après l'offensive israélienne… pour n'évoquer que quelques-uns des sujets les plus préoccupants.
Dans les échanges entre amis, dans les discussions "de comptoir", chacun sent bien que ce qui prédomine actuellement est un sentiment profond d'inquiétude. Quelque chose de l'ordre du "où tout cela va-t-il nous mener ?" qui fait frémir les plus âgés d'entre nous.
Comment souhaiter alors, honnêtement et sans éprouver le sentiment de parler pour ne rien dire, “Je vous souhaite une Excellente Année 2010" ? Je formulerai trois vœux pour nous aider, tous, à garder la tête haute et à envisager néanmoins l'avenir avec espoir. Que 2010 soit pour nous une année faite de solidarité, de courage et d'optimisme
Une solidarité accrue : à l'opposé des égoïsmes nationaux, catégoriels ou professionnels dans lesquels on tente de nous enfermer, puissions-nous rester suffisamment ouverts aux autres, suffisamment constructifs pour tendre la main à ceux qui en ont grand besoin, pour bâtir ensemble une vie citoyenne faite de rencontres, de partages, de mixité et d'enrichissements réciproques, puissions-nous savoir écouter ce que d'autres peuples nous expliquent et imaginer avec eux le développement juste dont notre planète et ses peuples ont besoin.
Du courage : Partout, on le voit, les forces réactionnaires sont à l'œuvre, sans aucune vergogne. Ce sont, par exemple, les Républicains, aux Etats-Unis, qui ont failli faire capoter la réforme du système de santé portée par Barack Obama – qui bien qu'imparfaite, pose une première pierre sur le chemin de l'accès de tous les Américains à une couverture maladie –; ce sont les ténors d'une pensée de droite extrême qui, partout en Europe, reprennent des forces et gagnent des mandats électifs ou qui, de façon beaucoup plus insidieuse, parviennent à influencer les discours politiques républicains ; ce sont, aussi, les Islamistes qui mènent la guerre en Orient à tous ceux qui se réclament d'une pensée progressiste.
Au plan économique, c'est tout notre modèle de production industrielle qui doit opérer dans les dix ans qui viennent une profonde mutation, sous peine de perdre, inexorablement, des parts de marché et donc sa capacité à créer de l'emploi…
Où que le regard se pose, nous le savons bien, rien ne sera facile, rien ne se fera sans effort, sans prise de risque, sans une certaine abnégation, sans ténacité par-delà les difficultés.
De l'optimisme. Pas l'optimisme des "innocents", non ! L'optimisme de la volonté, celui qui se fonde sur la certitude qu'il n'est pas de montagne que l'on n'arrive à déplacer… pour peu que l'on soit nombreux à œuvrer dans le même sens et pour une même cause : la construction d'un avenir pacifié, fait de justice entre les individus et les peuples, du respect des générations à venir et de la planète que nous avons tous en partage.
02-Jan-2010 18:40 | Publié par Mireille Alphonse | Lien vers cet article | Imprimer l'article | Envoyer cet article à un ami


